Dans une situation catastrophique, tétanisé par une impuissance politique récurrente depuis des décennies, arrive ce qui devait bien arriver : on prend ses désirs pour la réalité.
Les raisons d’une telle initiative sont à n’en pas douter authentiques et sincères, ce qui n’est hélas pas la garantie, ni de l’opportunité politique de l’action, ni de son succès.
DE L’USAGE ABUSIF DES SYMBOLES...
La farouche volonté de vouloir faire renaître un Conseil National de la Résistance tient plus de la démarche morale et éthique que fondée sur une véritable réalité politique, et surtout sur une analyse sérieuse de cette dernière.
Déjà, dans les années 70, avec la Gauche Prolétarienne, on avait vu « renaître » la Résistance sous l’intitulé « Nouvelle Résistance Populaire »... on sait ce que ça a donné.
Les initiateurs actuels, comme leurs prédécesseurs d’il y a presque quarante ans, d’une telle opération, pensent probablement que la charge affective que représente, à juste titre, encore la Résistance (celle des années 40) dans l’imaginaire collectif sera le déclencheur d’une prise de conscience suivie d’une action massive.
Le pari est risqué car, et ça n’échappera à personne, la configuration sociale et symbolique est bien loin de ce que signifie le symbole :
nous ne sommes plus dans une situation d’occupation par une armée étrangère, et même, dans cette situation, l’Histoire nous montre que la Résistance était bien minoritaire ;
le gouvernement en place est légal et légitime, issu d’élections incontestées, ce qui rend encore plus aléatoire le caractère massif de la mobilisation ;
enfin, il n’y a, à terme, aucune perspective.
Il ne s’agit donc au départ que d’une initiative à caractère symbolique... la réalité sociale et politique saura-t-elle se « couler » dans le symbole. Rien n’est moins sûr !
De plus, et c’est loin d’être un détail, la structuration institutionnelle par laquelle peut passer une contestation laisse peu de place à cette initiative.
En effet, l’expression politique est aujourd’hui entièrement verrouillée par des organisations politiques et syndicales qui n’ont aucun intérêt à une telle contestation qui se veut radicale. Chacune a sa spécificité d’analyse et d’action, sa bureaucratie qui profite du système, ses perspectives politiques qui ne sont qu’électorales. Il n’est qu’à voir la prudence de sioux et le silence assourdissant d’organisations politiques qui devraient, en principe, être intéressées par une telle initiative.
Ce dispositif est complété par un système médiatique, largement contrôlé par le pouvoir politique et financier qui « fait la pluie et le beau temps » en matière d’opinion publique.
Il est évident que l’on ne peut pas lutter à « armes égales » avec tout ce dispositif qui nous écrase de tout le poids de son indifférence quand ce n’est pas de son mépris.
Brandir un tel symbole dans la société actuelle c’est comme pulvériser un déodorant dans une fosse sceptique, l’intention est louable, mais l’odeur demeure.
On ne joue pas impunément avec les symboles.
... ET DE LA MAGIE DES MOTS
Le florilège des termes employés sur le site de ce « Conseil National de la Résistance » <http://www.conseilnationaldelaresis...> laisse perplexe sur l’« analyse » qui est faite de la situation..
« ...la population est, sans doute, prête à une mobilisation massive pour s’opposer au détricottage de notre tissu social, mais elle attend des appels qui ne viennent pas et perd confiance en sa représentation syndicale et politique. »
Il n’y a donc aucun doute ! Qu’est ce qui permet de l’affirmer ? Des faits objectifs ? Lesquels ?
« Nous pensons qu’une convergence des mouvements sociaux, imposée par la base des syndicats, les salariés et citoyens en lutte est possible. Maintenant !
Nous proposons une grève générale reconductible à partir du 10 novembre 2008.
Ce n’est une grève décrétée puisque l’appel ne vient pas des états-majors mais remontera de la base.
Aucun état-major ne souhaitant prendre la responsabilité d’un tel appel, nous pensons que ces appels doivent remonter de la base de tous les syndicats. Cela montrera la détermination et le caractère démocratique du mouvement.
Nous savons que c’est possible et proposons que chaque personne convaincue s’adresse, sans attendre, aux autres. Nous obtiendrons localement les mots d’ordres et préavis indispensables que les grands états-majors ne peuvent lancer. C’est la condition absolue du succès. »
« Grève générale reconductible »...personne ne la décrète, mais elle est tout de même, de fait, décidée, prévue ( ????),... sinon quel sens a cet appel ?
Qu’est ce qui peut laisser supposer que « l’appel parti de la base remontera aux directions syndicales » ? A priori la « pensée »... « nous pensons » ( ????)
Qu’est ce qui permet de dire que « c’est possible » et « maintenant » ? Rien, sinon qu’« on le sait »... « Nous savons... » ( ????)
« Nous obtiendrons localement les mots d’ordres et préavis indispensables que les grands états-majors ne peuvent lancer. C’est la condition absolue du succès. »
Ah bon ! Qu’est ce qui permet une telle certitude ? « Nous obtiendrons... » ( ????)
« Nous appelons dès aujourd’hui les organisations syndicales et politiques, à tous leurs niveaux de responsabilité (locaux régionaux et nationaux), à nous rejoindre pour avoir ce débat. Utilisons leur savoir-faire ».
« Utilisons leur savoir-faire » ? Mais que savent-elles faire au juste ? Pour les organisations politiques : des campagnes électorales, pour les syndicales : des manifestations et pétitions.
Arrêtons là les citations...
Tout cela est très approximatif et dénote une solide naïveté sur l’état de l’opinion publique, des forces en présence, de la réalité institutionnelle et des marges de manœuvres du pouvoir.
IMAGINONS CEPENDANT....
Mettons nous maintenant dans le plus favorable des cas : mobilisation générale avec grève reconductible !
Vous n’imaginez tout de même pas que le pouvoir va céder immédiatement... et céder sur quoi ? les licenciements, la situation financière, les salaires, les prix, le service public largement démantelé, les retraites ?... Tout à la fois ?
Combien de temps va tenir la mobilisation ?
Imaginons même quelle tienne (trois jours, une semaine, un mois,...) et que le pouvoir panique... Que va-t-il se passer ?
Le schéma est d’un classique affligeant : dissolution de l’Assemblée Nationale et nouvelles élections,... mouvement liquidé par les syndicats et repris, sur le plan strictement électoral y compris l’extrême-gauche - par les partis,...Et alors ?...
A moins,... à moins que l’on fasse l’hypothèse que le peuple mobilisé s’organise spontanément en une structure démocratique, renverse le pouvoir en désarmant l’armée et la police, prenne les moyens de communication (radio, télévision) et instaure de nouveaux rapports sociaux. ( ????)
Mais, franchement, qui peut croire à un tel scénario ?
LA SITUATION EST-ELLE DÉFINITIVEMENT BLOQUÉE ?
Non bien sûr, dans l’Histoire, jamais une situation n’est définitivement bloquée, mais certaines voies le sont... il faut donc en prendre d’autres.
Ce n’est pas parce que le système marchand est perclus de contradictions, creuse les inégalité et nous conduit à la catastrophe qu’il est prêt à s’effondre et à céder la place.
Ce n’est pas parce que le mécontentement grandit que la société est prête à basculer dans de nouveaux rapports sociaux.
Le changement, et je suis le premier à le regretter, ne se fait pas spontanément suite à l’expression d’une sentiment de révolte. Un système est prêt à s’effondrer et ne s’effondre que lorsque de nouvelles relations sociales sont susceptibles de prendre le relais... ce qui n’est évidemment pas le cas aujourd’hui.
Croire en cette spontanéité c’est reproduire toutes les tares des stratégies politiques depuis plus d’un siècle, c’est tomber/retomber dans les pièges tendus par l’organisation politique du système en place, c’est accroître les déceptions qui incitent au fatalisme et au repliement sur soi.
Le mot d’ordre de « Grève générale reconductible pour le 10 novembre » n’est même pas irresponsable,... il est simplement naïf. Dénué de tout fondement sérieux, quoique animé des meilleures intentions du monde, il ne peut que se heurter à une situation qui ne remplit aucunement les conditions du changement social, ni matériel, ni politique.
Sans vouloir jouer les devins on peut être certains que les initiateurs d’un tel mot d’ordre vont au devant d’un total fiasco. Avec de telles attitudes, le système marchand a encore de beaux jours devant lui.
Patrick MIGNARD
Voir aussi :
« LA RÉVOLTE,... ET APRÈS ? »
« SUR LA GRÈVE GÉNÉRALE »
« MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »