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L’ÉCONOMIE DISTRIBUTIVE

ou : comment et pourquoi sortir de l’économie de marché

lundi 12 mai 2008.

Établies, pour la plupart, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, dans un contexte de rareté bien réelle, les grandes lois économiques encore en vigueur se sont heurtées, dès la fin de la première guerre mondiale, au nouvelles conditions commerciales engendrées par un phénomène imprévu, celui de surproduction.

Tout le bon fonctionnement de l’économie moderne repose sur une situation de rareté, plus ou moins relative, traduite par l’affirmation bien connue : « ce qui est rare est cher ». L’apparition quasi-simultanée dans le monde de la production, de trois facteurs synergiques d’abondance : les grandes énergies motrices, les matières premières en provenance des colonies et la monnaie dématérialisée ( la monnaie dite « scripturale », autre que les billets et les pièces, qui est créée par le réseau des banques privées et représente la quasi-totalité des moyens de paiement utilisés dans le commerce mondial ), a rapidement détruit la rareté, condition première de constitution du profit, et rendu obsolètes des règles de gestion encore appliquées de nos jours, bien que totalement dépassées. Les effets de cette mutation se firent sentir dès l’aube du 20ème siècle.

La production abondante perd sa valeur d’échange. Ne faisant plus de profit, les entreprises de nos grands-parents licencièrent une bonne partie de leur personnel. Les conséquences ne se firent pas attendre, car si le personnel est consommateur de salaires, il l’est aussi de produits et la perte des revenus des travailleurs qui le composent les éliminait, eux et leur famille, de la liste des clients solvables . « Celui qui ne peut acheter ruine celui qui ne peut vendre » Le chômage ( et le défaut de pouvoir d’achat qui en résulte ) provoquait ainsi les faillites qui, à leur tour, accentuaient le chômage, cercle vicieux que l’État tentait désespérément de briser par une vaine politique de grands travaux accompagnée de destruction massive des excédents ( [baptisée « Assainissement des marchés » ), au moment même où une grande partie de la population vivait dans une misère extrême.

Rien n’y faisant, afin de pouvoir redonner du pouvoir d’achat aux travailleurs et aux profiteurs l’Etat prit des mesures de relance économique par la fabrication d’armements et l’incitation à l’exportation massive. Cette politique de relance était alors pratiquée par tous les grands pays occidentaux, tous confrontés au même problème. Les armements ne tardèrent pas à être consommés, aux dépens de la majorité des citoyens, rétablissant à la fois le profit immédiat de marchands de canons, le profit durable des marchands de béton, et l’équilibre du marché de l’emploi, bien « assaini » par la disparition prématurée de quelques millions de travailleurs encombrants. Les survivants de la seconde guerre mondiale assistèrent alors à l’avènement d’une merveilleuse époque, celle des « trente glorieuses ».
Malheureusement, faute d’analyse des véritables causes du conflit, le sacrifice n’a pas servi et la leçon n’a pas été retenue. La compétition féroce s’accentue. Au manque chronique de pouvoir d’achat des consommateurs , les entrepreneurs persistent à répondre par un abaissement des prix, donc un abaissement des coûts de production, surtout celui du travail, par l’utilisation massive de machines, de robots, de technologies et de techniques d’organisation perfectionnées. Les gains continuels et systématiques en productivité ( le productivisme ) détruisent de l’emploi et abaissent les revenus des masses consommatrices, appauvrissant, du même coup, la majorité des entreprises et de la population, suscitant des comportements prétendus « économiques » et politiques indignes de gens civilisés.

On nous demande de travailler plus, pourtant, nous n’avons jamais autant produit. La crise à laquelle nous sommes confrontés n’est pas le résultat d’une pénurie, mais bien une crise de consommation née de l’incompatibilité totale entre l’abondance potentielle et le marché profitable. Le système de répartition des revenus par le canal du travail est mis à mal par le progrès ; il ne fonctionne pas et ne fonctionnera plus jamais. Une production abondante ne peut et ne doit plus être vendue, mais distribuée., L’Économie de Marché qui oblige à vendre pour vivre a vécu. Place à « l’Économie Distributive ».

C’est fort de cette analyse et de ce constat de l’obsolescence de l’économie de marché capitaliste que Jacques DUBOIN, dans les années 40 du siècle dernier, énonça le concept de l’Économie Distributive »

Puisque l’évolution des moyens et des techniques libère l’ homme de la nécessité de travailler comme une bête pour produire ce dont il a l’usage, il est inutile et inhumain de l’enchaîner à la tâche ; on ne peut continuer à conditionner son existence à la perception d’un salaire lié à un emploi autant aléatoire qu’ économiquement inutile ( voire hyper-destructeur )

Puisque le volume et la diversité de la production assistée par les nouvelles techniques sont infiniment supérieurs à la demande exprimée par la population, il existe suffisamment de richesses à répartir entre tous pour cesser de vouloir faire travailler même les aveugles et les paralytiques ou de poser le problème des retraites et de la protection sociale en évoquant encore et toujours l’évolution critique du rapport actifs/inactifs.

Puisque les choses ne sont plus rares, leur valeur vénale tend à la gratuité ; elles ne doivent donc plus être vendues, mais distribuées.

Puisque l’estimation de la valeur marchande à partir du postulat de rareté n’ a plus de sens, l’ utilisation de la monnaie capitalisable n’en a pas plus et il devient judicieux de la remplacer par une monnaie de consommation représentative de la valeur globale, politiquement décidée, de la production, monnaie créée au fur et à mesure de l’élaboration des produits et détruite au fur et à mesure de leur consommation ( comme un ticket de bus )

Puisque, en l’absence des techniques monétaires et conventions financières propres au marché capitaliste il ne subsiste aucune obligation de profit financier, il n’ y a plus de raison majeure pour perpétuer la concurrence et la fabrication de tout et n’importe quoi, sans autre finalité que de « faire marcher le commerce financièrement profitable »

Puisque qu’il n’y a aucun critère objectif de différenciation de la valeur marchande des fonctions économiques ni nécessité de dominer pour bien vivre, il n’est pas nécessaire de matérialiser monétairement une hiérarchie sociale et il est sage de répartir la monnaie de consommation de façon égalitaire entre toutes et tous.

Autrement dit, pour en finir avec cette présentation succincte de la pensée comme de la technique distributistes, il est aujourd’hui, et depuis longtemps, économiquement possible de vivre écologiquement, c’est-à-dire en entretenant des rapports harmonieux avec soi-même, avec les autres et avec toutes les composantes de la nature ( même si ce n’ est pas sur cette notion d’écologie que reposent les principes fondateurs de l’Économie Distributive imaginée par Jacques DUBOIN )

Cette économie là n’est pas plus de gauche que de droite elle est « d’ailleurs » Elle naît d’une nouvelle manière de penser génératrice de ce fameux « paradigme » qui nous ouvre à une autre représentation de la société que celle à laquelle sont aujourd’hui aliénées même les plus révolutionnaires des prospectives politiques. Elle est la clef de la porte de cet autre monde que nous, altermondialistes ou altermondistes appelons de nos voeux sans bien savoir comment y accéder

Marc GROUSSAIN , Glénic, le 5 mai 2008.

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