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Économie

Finances : danger !


lundi 17 mars 2008.

Puisque le commerce et la finance reposent sur la confiance, le principal risque que court l’économie mondiale est la défiance généralisée. C’est malheureusement ce qui est en train de se produire. La nouvelle chute du dollar face à l’euro et au yen, lundi 17 mars, sur les marchés asiatiques, en est la triste illustration. Bien qu’elles fussent sans précédent, les déclarations sans ambiguïté de George W. Bush il y a moins d’une semaine pour faire remonter le billet vert sont déjà oubliées.

Alors que le président américain refuse de céder à la panique, continuant de juger "solides" les fondamentaux de l’économie américaine, Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale, semble d’un autre avis. Cet économiste, un des meilleurs spécialistes de la crise de 1929, vient en effet de prendre une décision rarissime : accorder un prêt - dont le montant et les modalités n’ont pas été rendus publics - à la banque d’affaires JP Morgan pour que celle-ci rachète, sans courir le moindre risque, la banque Bear Stearns, cinquième banque d’affaires de Wall Street, en quasi-faillite. Mais cet interventionnisme destiné à éviter un "risque systémique" pourrait avoir l’effet inverse puisqu’il est la preuve de l’inquiétude de la Fed. Comme le résume un économiste américain : "La réserve fédérale est entraînée dans un combat de rue. Et, dans ces combats, c’est souvent le plus agressif qui l’emporte."

Dans ce contexte, il est à craindre que la nouvelle baisse des taux que devrait annoncer mardi 18 mars Ben Bernanke n’ait pas plus d’effet que les précédentes. Le dollar va continuer de chuter et, par conséquent, l’euro va poursuivre sa progression. Tout y pousse : face à une crise immobilière et une décélération de la croissance plus forte aux Etats-Unis que dans l’Union européenne, les capitaux, notamment asiatiques, ne se dirigent plus vers les Etats-Unis, mais vers la zone euro. Une baisse de la devise européenne n’est pas impossible, mais elle ne pourrait être provoquée que par une baisse de la croissance économique, de l’excédent commercial allemand et des taux d’intérêt... un scénario pas franchement souhaitable.

Les jours qui viennent s’annoncent cruciaux : alors que George W. Bush, son secrétaire d’État au Trésor, Hank Paulson, et Ben Bernanke devaient se réunir ce lundi de manière tout à fait exceptionnelle, les banques américaines s’apprêtent à publier leurs résultats trimestriels. Si la situation continue de se dégrader, on voit mal comment Washington pourra éviter de venir au secours des ménages en reprenant une partie des dettes immobilières. Malgré les actions menées de concert par les principales banques centrales de la planète et le rééquilibrage du monde vers l’Asie, c’est encore des États-Unis que dépend ou non la résolution de la première crise financière du XXIe siècle.

Le Monde - Article paru dans l’édition du 18.03.08

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