Contre sens et exercice de style
Cette navrante affaire de la gifle infligée par un « en-saignant » à un gamin sans défense laisse un goût amer dans la bouche de tout citoyen qui aspire à une jeunesse à « l’esprit sain/ saint dans un corps sain »... Et qui est plus compétent pour atteindre cet objectif que le corps de Gendarmerie ? Corps d’élite s’il en est au passé sans tâche et à l’attitude irréprochable pendant les heures sombres de notre Histoire, heures durant lesquelles il s’est éternellement et littéralement couvert de gloire.
Que le père, de ce que je n’hésite pas de qualifier de souffre douleur, martyre expiatoire d’un corps d’« en-saignants » décadent, paresseux et surpayé, soit poursuivi de la vindicte misérable de ceux-ci, sinon officiellement, du moins dans leurs propos clandestins et subversifs, ne peut que grandir ce corps d’élite et rabaisser au plus profond de l’abjection les profanateurs et liquidateurs de nos valeurs.
Comment oser affirmer, comme le font certains, que ce jeune, martyrisé et humilié dans son école avait eu une éducation défaillante ? C’est faire outrage à sa famille et plus particulièrement à son père, gendarme, à la Gendarmerie et au-delà à l’ensemble de la Nation. Ainsi l’anti France n’hésite pas / plus, au travers de nos institutions d’élite à traîner dans la boue de leur médiocrité ce qui fait l’Honneur de notre éducation civique et morale.
La réaction du père de la victime est un acte qui l’honore. Ceint et fier de son uniforme, a défaut d’avoir pu stopper le bras du coupable, il a su, dans un élan tout militaire et dans un milieu manifestement hostile, faire entendre la voix de la raison et de l’honneur et livrer au bras de la justice le délinquant.
Le laxisme de nos mœurs et l’égarement de ce qui faisait la fierté de nos autorités d’antan ont permis au délinquant d’échapper à une prompte justice et gageons, hélas, que la peine qui lui sera infligé sera ridiculement petite au regard du crime moral commis.
Que cet acte héroïque fasse rendre gorge à celles et ceux qui, abusant de la faiblesse de notre jeunesse, se laissent emporter par des actes coupables et traumatisants.
Que notre jeunesse reprenne confiance et sache exprimer toute sa vitalité qui constitue l’avenir de notre pays. Il y a encore dans ce pays des hommes courageux et intègres qui se sont donné pour mission de la protéger et de l’assister dans le dur apprentissage de la vie.
Patrick MIGNARD
Le Monde du 6 février
Gifle : des pétitions relaient la colère des enseignants
Le succès de la pétition électronique lancée le 31 janvier par le SNES-FSU (Syndicat national des enseignants du second degré) de Lille pour défendre le professeur du collège Gilles-de-Chin de Berlaimont (Nord), renvoyé devant la justice pour avoir giflé un élève de 11 ans qui l’avait traité de " connard ", témoigne de la colère et du désarroi des enseignants après l’événement.
Le nombre de signatures, 10 000 dans la matinée du lundi 4 février, frôlait les 15 000 le lendemain. Près d’une sur deux est assortie d’un commentaire. Ces textes attestent d’une réaction massive des enseignants, désireux de manifester leur solidarité avec le professeur de technologie de 49 ans mis en cause. " Au secours, ils sont devenus fous ! De tout coeur avec notre collègue ", ou " Courage, nous sommes tous avec toi ", écrivent-ils. Jean-Pierre espère que " tous les syndicats de l’éducation nationale vont se mobiliser (...), même si personne ne prône la gifle comme méthode éducative. Mais le problème n’est pas là ".
L’émotion est considérable après l’interpellation du professeur à son domicile, lundi 28 janvier, puis son placement en garde à vue pendant 24 heures, et sa citation à comparaître, le 27 mars, devant le tribunal correctionnel pour " violences aggravées sur mineur ". " Le geste est malheureux. Mais je ne pense pas qu’il justifie un tel acharnement ", écrit Michel, rappelant que François Bayrou (à Strasbourg en 2002) avait giflé un adolescent qui tentait de lui faire les poches.
L’idée commune est que cela aurait pu arriver à n’importe quel enseignant. " J’ai aussi eu plusieurs fois la moutarde qui me montait au nez, et les mains qui me picotaient, heureusement j’ai de grandes poches profondes et j’y serre les poings... ", écrit un professeur d’éducation physique. " Les écorchés vifs de l’éducation nationale en ont marre ! ", proclame Anne-Marie.
" ENCAISSER SANS BRONCHER "
Une majorité de messages exprime le sentiment de subir une hostilité générale envers les enseignants, qui relierait la justice, la hiérarchie de l’éducation nationale et les médias. Cinq signataires se réclamant de la " gauche alternative " adressent un salut " fraternel ". Marie, enseignante à Douai, juge que " la surmédiatisation immédiate et d’évidents partis pris d’un fait banal montrent combien notre profession est vulnérable ". " Cette dérive sécuritaire est intolérable ", affirme un autre pétitionnaire, assurant que le gouvernement ne fait " rien pour nous soutenir ". Etienne et Karine pensent que " l’attitude de l’élève, celle de ses parents, la réaction de la hiérarchie ainsi que celle de la justice sont édifiantes... ".
Le fait que le père de l’élève impliqué soit un gendarme accroît le ressentiment. " Que font les gendarmes quand un jeune leur manque de respect ? ", demande un signataire. Pour Patrice, professeur de technologie en région parisienne, " trop souvent des parents n’élèvent pas ou mal leurs enfants et nous, on devrait toujours prendre sur nous, encaisser sans broncher, sans jamais craquer ; en bref rien dire et laisser tout faire ".
Une autre pétition de soutien, mise en ligne par le Syndicat national des lycées et collèges (SNALC) pendant le week-end, avait réuni mardi matin 3 800 signatures.
Luc Cédelle