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PROSTITUTION : LES PIÈGES DU PRAGMATISME - Texte proposé par Matthieu Brabant


mercredi 12 juillet 2006.

Si le monde n’est pas une marchandise, le corps humain n’est pas non plus une marchandise. Le corps des femmes n’est donc pas une marchandise, le marché du sexe est une entreprise de domination à combattre. Bien trop souvent, la question de la prostitution et des « travailleuses » et « travailleurs » du sexe tourne autour de faux débats monopolisés par des personnages qui ne représentent pas grand monde. Le simple fait d’utiliser les termes de « travailleuses » ou de « travailleurs » montre à quel point la question du sexe s’enferme dans des schémas simplistes.

Je suis, personnellement, plutôt « abolitionniste ». Ce qui, concrètement, signifie que je suis opposé à la légalisation de la prostitution, donc par exemple à la réouverture des maisons closes car je pense qu’il s’agit d’une logique de soumission (en particulier de la femme mais pas seulement bien entendu : il est ridicule de parler de la prostitution par le seul biais des femmes) dans un monde dominé par le capitalisme libéral. S’il faut donner des droits, pour protéger ces femmes et ces hommes, il faut refuser de créer ces usines qui favoriseraient l’accroissement du commerce du sexe et donc les violences. La plupart des femmes et hommes subissent la prostitution (et contrairement à une idée répandue par les médias et les « pragmatiques », la quasi-totalité des prostituées voudraient faire un autre « métier » comme le montre l’enquête sociologique de Bouamana et Legardinier), il n’y a pas de libre choix mais la soumission à l’ordre économique ou sociétal. Nous devons protéger les prostituées et prostitués, victimes des proxénètes et des clients, victimes des lois de Sarkozy. Il faut donc proposer des mesures dures contre les proxénètes et les clients, il faut abolir aussi toutes ces lois qui font des prostituées et prostitués des bandits. Il nous faut donc imaginer un autre monde, un autre monde est possible, dans lequel la prostitution n’existe plus. Il s’agit d’imaginer un monde dans lequel le sexe n’est pas une marchandise mais une liberté ! Et puisque les femmes sont les premières victimes de ce commerce, il faut imaginer un monde qui cesserait d’être patriarcal et dans lequel tous les poncifs sur les femmes seraient rangés dans les archives de l’histoire. Les femmes sont des êtres humains ! Un exemple qui peut sembler hors-sujet mais qui montre à quel point notre société est masculine : le fait que l’on utilise officiellement le terme de « mademoiselle » et pas celui de « damoiseau » n’est-il pas la preuve d’une société rétrograde ? Faisons exploser tous les préjugés !

Ci-dessous vous trouverez l’introduction de Mona Chollet et Thomas Lemahieu sur la nouvelle livraison de Périphérie qui permet d’y voir plus clair sur cette question : http://www.peripheries.net/e-prosti...

Face aux conditions de vie infernales imposées aux prostituées françaises par la loi sur la Sécurité intérieure, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer la reconnaissance de la prostitution comme un métier. A priori séduisant, le discours réglementariste mérite pourtant qu’on y regarde de plus près. En se plongeant dans la littérature sur le sujet, on s’aperçoit que, contrairement à un abolitionnisme authentique - avec lequel les lois Sarkozy ont peu à voir -, la légalisation, qui rend respectable la prostitution, et non les prostituées, est très loin d’améliorer leur sort, quand elle ne l’aggrave pas. Favorisée par la rencontre de l’idéologie libérale et de l’actuelle vague de fond antiféministe, elle comporte aussi des implications très inquiétantes pour le statut et les droits de l’ensemble des femmes. Révélatrice de l’état des rapports entre les sexes, la prostitution est un « résultat social » et non un phénomène marginal ; elle fait de ceux qui la pratiquent les boucs émissaires de problèmes qu’elle est impuissante à résoudre. Par son pragmatisme, qui est l’autre nom de la résignation, le réglementarisme n’aboutit qu’à verrouiller et à aggraver des situations qu’une société digne de ce nom ne devrait pas renoncer à penser et à changer.

Bonne lecture et à bientôt,

Thomas Lemahieu & Mona Chollet

Matthieu Brabant
La page de Matthieu Brabant

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Les pièges du pragmatisme par Thomas Lemahieu et Mona Chollet

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